Histoire de bulles et de bols
Depuis deux semaines, j’ai droit tous les jeudis à un grand bol d’oxygène, d’air frais et de ‘vraie vie’ qu’il faut que je vous raconte (ça me fait penser à un livre qu’on nous avait fait ingurgiter au lycée, Elise ou la vraie vie – ça rappellera sûrement des souvenirs à certains). J’avais décidé de venir au Rwanda en grande partie pour sortir de la bulle ‘Commission’, de la bulle ‘bailleurs de fonds’, et venir voir et faire moi-même ce que j’avais entr’apercu de loin depuis 4 ans. Mais arrivée ici je me retrouve dans une autre bulle, la bulle expat’, bulle ministère, bulle capitale, bref encore loin de la réalité de la vie de 90% des gens dans ce pays. On n’échappe pas à sa bulle … Sauf que grâce à Thibault et à ses contacts avec le « réseau italien », coup de bol, tous les jeudis on va donner une heure de cours de français dans l’orphelinat « mère du verbe », à Remera, dans la banlieue de Kigali. Cet orphelinat est entièrement géré par le Père Vito Misuraca, et sœur Emma … aussi appelés par les enfants ‘papa’ et ‘mama’ J. Près de 700 enfants de tous ages sont dans cet orphelinat. Le Père est au Rwanda depuis 1978 et est l’un des (très) rares à être resté pendant « la guerre », comme on dit ici, pour protéger ses petits. On a chacun une classe d’une dizaine d’enfants, un peu plus, de sixième et cinquième. Dix c’est peu et beaucoup à la fois, parce que pour leur arracher quelques mots, il faut y mettre tout son cœur !! D’ailleurs toutes les idées de textes courts, poésies faciles, chansons ou autre qu’on pourrait leur faire étudier sont les bienvenues !! La semaine dernière on leur a fait étudier une chanson de Corneille ils étaient aux anges (chanteur rwandais qui a un gros succès en France depuis un ou deux ans). Voilà mon bol d’air, papoter jouer et rigoler, étudier et apprendre avec ces enfants. Tous ont entre 12 et 15 ans. Ca parait un age anodin dit comme ça mais ici ça veut dire qu’ils avaient deux ou trois ans pendant ‘la guerre’. Ils ont tous survécu à des massacres, laissés pour morts au milieu des cadavres ou ayant parcouru des dizaines de kilomètres à pieds, seuls, pour rejoindre l’orphelinat. À trois ans.