Vie de réfugiés
Hier, grâce à une rencontre au petit dej’ de l’hotel, j’ai eu l’opportunité d’accompagner une ONG américaine dans sa visite de qq camps de réfugiés autour de Goma. Pour vous donner une idée, près de 70.000 réfugiés se trouvent aux alentours de Goma, dans plusieurs camps.
On va d’abord dans le camp improvisé de Ndosho, environ à 10km à l’ouest de Goma. Plusieurs centaines de personnes sont parquées dans ce champ (i.e. terrain de lave volcanique complètement inutilisable. Impossible même de creuser des latrines), sans aide, sans rien, depuis près d’un mois. Parce que ça n’est pas un camp officiel, et pour de sordides problèmes de comptage, il ne leur a été distribué ni bâche en plastique pour s’abriter, ni jerrican pour stocker l’eau, ni bassine pour transporter l’unique distribution de nourriture qui leur a été faite. Résultat, huttes en feuilles et en herbes, collées les unes aux autres dans le désordre total, eau transportée dans des bidons d’huile de vidange, cuisine dans d’immondes vieux pots couverts de goudron. Résultat bis, distribution de nourriture déjà pourrie parce que posée par terre sous la pluie. Ca ferait presque rire si c’était drôle.
Pourquoi, alors que UNHCR a des entrepôts pleins à craquer de jerricans et de bâches? Pourquoi tant de mesquinerie faite autour de listes, de qui est ou n’est pas réfugié, quand l’argent coule à flots dans les caisses des agences de l’ONU, et la misère coule a flots dans les camps? Je ne préfère pas y penser. Je crois que certains ont oublié que les réfugiés sont des êtres humains.
On va ensuite visiter le nouveau camp où ces gens vont être transportés, cette fois un vrai camp de réfugiés « comme on en voit à la télé ». Latrines, grandes tentes aux logos d’agences internationales, organisations par quartiers. Tout n’est pas encore prêt alors que les premiers réfugiés arrivent par camion : toujours pas de bâches en plastique, alors que la saison des pluies bat son plein, pas encore de vraies citernes d’eau. Dans quelques jours, qu’ils nous disent.
Au milieu de tout ça, des personnes incroyablement souriantes, résignées mais souriantes, comme ce vieux monsieur qui nous montre l’impossibilité de planter les bâtons de sa hutte sur ce sol volcanique, cette veuve, l’enfant au sein, qui nous demande de l’aider à s’inscrire sur les listes – elle était a l’hôpital au moment du recensement, cette autre jeune fille blessée par balle il y a trois ans, qui boite encore d’une blessure mal refermée, et qui nous demande s’il y aura des docteurs dans le camp. Elle a survécu un mois dans une latrine. Pleine. A coté du corps sans vie de son mari. Que lui dire ? Est-ce que ce sont des hommes ou des bêtes sauvages qui lui ont fait ça ?
Ce nouveau camp, je l’apprend, est celui où 700.000 rwandais hutus fuyant l’avancée du FPR se sont réfugiés en 1994. 700.000 personnes, c’est presque tout Kigali. C’est donc le camp où tant de mes amis rwandais sont passés, certains avaient 15 ans, d’autres déjà adultes. Beaucoup m’ont parlé des jours de marche depuis Kigali, à la recherche du reste de leur famille, mais très peu ont évoqué la vie au camp.
C’est donc là qu’ils étaient, ces réfugiés rwandais. Ceux la même dont la partie extrémiste, les FDLR, anciens génocidaires cachés parmi les réfugiés, sont la cause du problème actuel. Encore une ironie de l’histoire.
C’est en effet à cause de ces milices d’anciens génocidaires, environ 5.000 personnes, que le général Laurent Nkunda s’est insurgé, que le Rwanda affirme devoir maintenir une armée prête à bondir. Peut être ne sont ils qu’un prétexte comme un autre, toujours est-il qu’ils ne font qu’ajouter à l’insécurité, aux vols et aux viols qui ont poussé ces réfugiés, congolais cette fois, loin de chez eux. Ah j’oubliais, selon le vocable onusien, ce ne sont pas des réfugiés, mais des IDPs (Internally Displaced Persons)… encore un sigle pour oublier plus facilement que ce sont des hommes et des femmes, comme nous, souvent violés, torturés, ayant perdu femme ou enfants. Comme me l’a dit une jeune fille : « tu veux échanger de vie ? »
On va d’abord dans le camp improvisé de Ndosho, environ à 10km à l’ouest de Goma. Plusieurs centaines de personnes sont parquées dans ce champ (i.e. terrain de lave volcanique complètement inutilisable. Impossible même de creuser des latrines), sans aide, sans rien, depuis près d’un mois. Parce que ça n’est pas un camp officiel, et pour de sordides problèmes de comptage, il ne leur a été distribué ni bâche en plastique pour s’abriter, ni jerrican pour stocker l’eau, ni bassine pour transporter l’unique distribution de nourriture qui leur a été faite. Résultat, huttes en feuilles et en herbes, collées les unes aux autres dans le désordre total, eau transportée dans des bidons d’huile de vidange, cuisine dans d’immondes vieux pots couverts de goudron. Résultat bis, distribution de nourriture déjà pourrie parce que posée par terre sous la pluie. Ca ferait presque rire si c’était drôle.
Pourquoi, alors que UNHCR a des entrepôts pleins à craquer de jerricans et de bâches? Pourquoi tant de mesquinerie faite autour de listes, de qui est ou n’est pas réfugié, quand l’argent coule à flots dans les caisses des agences de l’ONU, et la misère coule a flots dans les camps? Je ne préfère pas y penser. Je crois que certains ont oublié que les réfugiés sont des êtres humains.
On va ensuite visiter le nouveau camp où ces gens vont être transportés, cette fois un vrai camp de réfugiés « comme on en voit à la télé ». Latrines, grandes tentes aux logos d’agences internationales, organisations par quartiers. Tout n’est pas encore prêt alors que les premiers réfugiés arrivent par camion : toujours pas de bâches en plastique, alors que la saison des pluies bat son plein, pas encore de vraies citernes d’eau. Dans quelques jours, qu’ils nous disent.
Au milieu de tout ça, des personnes incroyablement souriantes, résignées mais souriantes, comme ce vieux monsieur qui nous montre l’impossibilité de planter les bâtons de sa hutte sur ce sol volcanique, cette veuve, l’enfant au sein, qui nous demande de l’aider à s’inscrire sur les listes – elle était a l’hôpital au moment du recensement, cette autre jeune fille blessée par balle il y a trois ans, qui boite encore d’une blessure mal refermée, et qui nous demande s’il y aura des docteurs dans le camp. Elle a survécu un mois dans une latrine. Pleine. A coté du corps sans vie de son mari. Que lui dire ? Est-ce que ce sont des hommes ou des bêtes sauvages qui lui ont fait ça ?
Ce nouveau camp, je l’apprend, est celui où 700.000 rwandais hutus fuyant l’avancée du FPR se sont réfugiés en 1994. 700.000 personnes, c’est presque tout Kigali. C’est donc le camp où tant de mes amis rwandais sont passés, certains avaient 15 ans, d’autres déjà adultes. Beaucoup m’ont parlé des jours de marche depuis Kigali, à la recherche du reste de leur famille, mais très peu ont évoqué la vie au camp.
C’est donc là qu’ils étaient, ces réfugiés rwandais. Ceux la même dont la partie extrémiste, les FDLR, anciens génocidaires cachés parmi les réfugiés, sont la cause du problème actuel. Encore une ironie de l’histoire.
C’est en effet à cause de ces milices d’anciens génocidaires, environ 5.000 personnes, que le général Laurent Nkunda s’est insurgé, que le Rwanda affirme devoir maintenir une armée prête à bondir. Peut être ne sont ils qu’un prétexte comme un autre, toujours est-il qu’ils ne font qu’ajouter à l’insécurité, aux vols et aux viols qui ont poussé ces réfugiés, congolais cette fois, loin de chez eux. Ah j’oubliais, selon le vocable onusien, ce ne sont pas des réfugiés, mais des IDPs (Internally Displaced Persons)… encore un sigle pour oublier plus facilement que ce sont des hommes et des femmes, comme nous, souvent violés, torturés, ayant perdu femme ou enfants. Comme me l’a dit une jeune fille : « tu veux échanger de vie ? »
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